Dossier de Presse - Une Promenade hors du corps

Luisa Gallerini
Titre : Une Promenade hors du corps
Auteure : Luisa Gallerini
Publication : Novembre 2018 (édition illustrée par l’auteur)
Catégorie : Fiction / Roman d’aventure

Pour toute demande d’interview, d’exemplaire de presse ou d’information complémentaire, merci d’écrire à : luisagallerini@gmail.com
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ACCROCHE

Revenir d’entre les morts, est-ce une malédiction ? une bénédiction ?

RESUME

Au 19ème siècle, Adélaïde voit ses sens, les uns après les autres, s’affiner à l’extrême : l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, le toucher. Terrorisée, elle accepte de se faire exorciser par le prêtre de sa paroisse. Mais cela ne suffit pas à chasser le malin ; pire, de nouveaux pouvoirs, surnaturels cette fois, commencent à se manifester. Les pensées des autres l’assaillent sans crier gare. Douée de facultés extralucides, elle lit aussi bien dans le présent que dans l’avenir ou le passé. Non contente de percevoir l’esprit des défunts, elle communique avec eux. Elle apprend à expulser son âme hors du corps. Les objets volent sur son passage. Désemparé, son époux la fait admettre d’urgence à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le fief du professeur Charcot. Mais loin de soigner ce que tous considèrent comme des crises d’hystérie, l’électrothérapie qu’on lui prescrit éveille en elle des forces obscures. De retour chez elle, la situation empire. Ses enfants prennent peur ; l’amer sentiment d’être maudite, de sombrer dans la folie l’obsède. Prête à tout pour redevenir « normale », elle participe, à l’insu de son mari, à une séance de spiritisme des plus agitées. Furieux, celui-ci ne voit qu’une solution pour préserver sa réputation : l’internement.

Au 20ème siècle, Marie est en pleine crise d’éternité ; la solitude lui pèse terriblement. Bien qu’elle garde toujours un œil sur elle, Luisa ne lui accorde pas suffisamment de temps, et les sites de rencontre ne lui réservent que de mauvaises surprises. Si seulement il existait d’autres immortels sur terre ! Comble de malchance : pour fuir de mystérieuses brigades chargées de nettoyer le plus grand arbre généalogique de la planète — celui de l’humanité entière —, Marie doit à nouveau changer d’identité, donc de vie, d’emploi, de repères. Quelque mois plus tard, sur le point d’être une fois de plus démasquée, elle décide de s’en sortir seule. Mais en s’égarant dans les méandres du darknet, elle ne tarde pas à tomber dans le piège d’un dangereux hacker. Explorer l’arbre généalogique universel lui apportera-t-il des éléments de réponse ? Sur la piste d’une singulière « anomalie », elle fait la rencontre de Rosalie, une jeune femme aussi fascinante qu’énigmatique. Qui est-elle vraiment ? Que cache-t-elle sous ses identités multiples ? Quand Marie découvre l’existence de « Ceux d’en haut », une communauté des plus discrètes, elle est loin d’imaginer quels secrets se cachent derrière ses castes, son règlement, ses cérémonies de passage. Elle ignore également pourquoi ses membres s’intéressent tant aux expériences de mort imminente, cet état de conscience modifié qu’elle va côtoyer de très près…

4EME DE COUVERTURE

Imaginez qu’un à un, vos sens se dérèglent : l’odorat, le goût, l’ouïe, la vue, le toucher. Imaginez que des pouvoirs surnaturels commencent à se manifester : intuition, télépathie, voyance. Imaginez, enfin, que vous êtes une honorable mère de famille dans le Paris bourgeois du 19ème siècle. Croyez-vous que la société vous accueillera à bras ouverts ? Pour Adélaïde, tout commence par une botte de persil au marché. Puis c’est l’engrenage : exorcisme, asile psychiatrique… Où se terminera son cauchemar ?
En pleine crise d’éternité, Marie se sent terriblement seule. Existe-t-il d’autres immortels sur terre ? Qui sont « Ceux d’en haut » ? Se soumettra-t-elle aux lois, aux rituels de cette communauté de l’ombre ? Et pourquoi ses membres s’intéressent-ils tant aux expériences de mort imminente ?
Second tome de la série « Ceux d’en haut », Une promenade hors du corps fait suite aux aventures de Marie dans La Momie de Pâques.

NOTE D'INTENTION

ENTRE AVENTURE, HISTOIRE, FANTASTIQUE ET LITTERATURE CLASSIQUE

Les ficelles de l’aventure : suspense, énigmes et rebondissements

Dans la continuité du premier volet de la série « Ceux d’en haut », Une Promenade hors du corps plonge le lecteur dans de nouvelles péripéties aux frontières du réel, mêlant énigmes et courses contre la montre, suspense et chasses à l’homme, rebondissements et secrets jalousement gardés.

Au cœur de l’histoire : à la découverte d’une autre époque 

L’intrigue s’inscrit dans un contexte historique fort : Paris, à l’aube du 20ème siècle. La folie y est proscrite (l’hystérie féminine effraie le commun des mortels) ; la femme ne doit pas sortir de son rôle d’épouse, de mère de famille ; les séances de spiritisme, véritables phénomènes de mode, envahissent la capitale ; les prêtres pratiquent volontiers des exorcismes ; en plein essor, la médecine a déclaré la guerre à l’Église ; le divorce n’est pas encore légalisé, mais l’école, gratuite et laïque, est devenue obligatoire…  Marquée par des événements géopolitiques, économiques, industriels, urbains et sociaux majeurs, cette époque charnière est écartelée entre modernisme et conservatisme.

Fantastique : de la réalité au surnaturel

Exploitant la veine fantastique chère à la littérature du 19ème siècle, le roman glisse progressivement d’un quotidien réaliste à l’extraordinaire, entraînant le lecteur dans un univers surnaturel où tout semble possible : « superpouvoirs » paranormaux, expérience de mort imminente, événements inexpliqués… Ses sources d’inspiration : Henry James, Edgar Poe, Théophile Gauthier, Ann Radcliffe, Les frères Grimm, Lewis Carroll, Anne Rice, J.K. Rowling, H. G. Wells ou encore E.T.A. Hoffmann.

Un exercice de style : entre littérature classique et moderne

Dans ce nouvel opus, le souci de l’écriture est toujours aussi présent. Pierre angulaire du roman, le style est double : contemporain dans les sections narratives qui se déroulent à l’époque actuelle ; classique pour le journal intime rédigé au 19ème siècle.

DE L’ADHESION DES LECTEURS

La parapsychologie : aux limites de la Science

Du Horla de Maupassant au film Poltergeist de Steven Spielberg, du Tour d’écrou d’Henri James à L’Exorciste de William Friedkin, du Fantôme de Canterville d’Oscar Wilde aux récits fantastiques de Théophile Gautier, du Moine de Matthew Gregory Lewis aux séries cultes X-files ou Médium, des tableaux de Johann Heinrich Fussli aux gravures de Goya ou d’Odilon Redon, du Melmoth de Charles Robert Maturin au blockbuster Ghost, le surnaturel a toujours suscité un intérêt majeur.
Convaincus d’avoir des pouvoirs magiques, les enfants sont persuadés qu’avec un peu d’exercice, ils pourraient lire dans les pensées de leurs camarades, déchiffrer l’avenir dans une boule de cristal, faire bouger des objets à distance, passer d’un monde (réel) à un autre (chimérique). Ils jouent avec des compagnons imaginaires, se souviennent de vies antérieures ; adolescents, ils sont au cœur de manifestations de poltergeist.
Devenir adulte exige un sacrifice de taille, un sacrifice terrible : renoncer à ses rêves d’enfant, surtout à ceux qui, « scientifiquement » parlant, sont impossibles — c’est-à-dire aux plus enchanteurs. Pourquoi condamner la porte d’un univers fantastique si riche en promesses ? Ne pourrait-on pas voir dans l’« inexplicable » d’aujourd’hui l’ « expliqué » de demain ? La science progresse de jour en jour ; pourquoi des phénomènes tels que la télékinésie, la voyance ou la télépathie ne trouveraient-ils aucune explication rationnelle ? Qu’attend-on pour reconnaître les talents des coupeurs de feu, des magnétiseurs, des chamanes et autres guérisseurs ? Pour parler librement de nos séances de spiritisme, expériences de mort imminente, synchronicités, succès télépathiques, de notre thème astral, sans susciter l’incompréhension, la pitié ou la suspicion ?

Vaincre ses peurs ancestrales : ou comment tenir le lecteur en haleine

À la frontière du concevable et de l’inimaginable, de la réalité et de l’imaginaire, du vraisemblable et de l’impossible, de la science et de l’inconnu, le lecteur oscille, en s’identifiant aux personnages, entre raison, doute et folie. Peut-on être sain d’esprit et croire aux fantômes, aux prémonitions, à la télépathie, à la psychokinèse ? Qu’est-il préférable, d’ailleurs : s’imaginer que l’on sombre dans la folie, ou accepter de vivre dans un univers aussi indéchiffrable qu’une boîte noire ? 

Au-delà de la vie : les Expériences de Mort Imminente

Depuis la fin des années 70, les EMI (ou expériences de mort imminente) font couler beaucoup d’encre. Grâce (notamment) aux travaux du psychiatre Raymond Moody, une littérature abondante s’est développée sur le sujet. Résultat : les langues se sont déliées. Revenir d’entre les morts a bouleversé la vie de tant de personnes, les visions singulièrement récurrentes de ces rescapés soulèvent tellement de questions qu’aujourd’hui, il est impensable d’ignorer cet troublant phénomène.

LA GENESE DU LIVRE

Naissance d’une idée

C’est en lisant le bouleversant Deadline, dernière limite du docteur Jean-Pierre Jourdan, que la pièce maîtresse de ce nouveau volume de la série « Ceux d’en haut » s’est mise en place. Nombre de personnes revenues sur terre après une EMI présentent de curieux « pouvoirs » : prémonitions, dons de guérison, de voyance, connaissances inexplicables, aptitudes soudaines (sans apprentissage préalable). Par ailleurs, lors de la phase de décorporation (OBE), les récits sont étrangement unanimes. Libérés du corps, nos sens sont décuplés : vision à 360° (même à travers les murs) de l’infiniment grand à l’infiniment petit ; ouïe parfaite ; perception des pensées des gens... Au fil des témoignages et des analyses de l’auteur, le doute s’est emparé de moi : et si le corps humain n’était qu’un filtre grossier ne permettant de comprendre et de percevoir qu’une infime partie de l’univers qui nous entoure ? Sommes-nous prisonniers de notre enveloppe charnelle, à l’instar de l’homme de la caverne de Platon ?

Travaux préparatoires

Pour parfaire mes connaissances dans le vaste domaine du surnaturel et plus précisément, de la parapsychologie, en complément de mes lectures sur les phénomènes dits « inexpliqués » (Réenchanter la science et Les pouvoirs inexpliqués des animaux de Rupert Sheldrake ; PSI d’Erik Pigani ; La Conscience invisible de Dean Radin), je me suis inscrite aux cours de parapsychologie scientifique délivrés par l’A-IMI (l’Institut Métapsychique International, une fondation reconnue d’utilité publique qui s’attache à l’étude scientifique des phénomènes paranormaux). Parallèlement, j’ai lu plusieurs ouvrages consacrés aux expériences de mort imminente (d’auteurs comme Jeffrey Long, Raymond Moody ou encore Jean-Pierre Jourdan), j’ai écouté des interviews télévisées, des podcasts, j’ai pris connaissance de nombreux témoignages publiés dans des revues spécialisées, sur Internet (le projet international de Jeffrey Long, Near Death Experience Research Foundation, est à ce titre remarquable). Pour approfondir ma culture spirite, outre le célèbre Livre des Tables de Victor Hugo et le catalogue de l’exposition « Entrée des médiums : Spiritisme et Art d’Hugo à Breton » (organisée à la Maison Victor Hugo en 2012-2013), je me suis immergée, avec autant d’étonnement que d’intérêt, dans Le livre des esprits d’Allan Kardec, puis dans Du ciel et de ses merveilles et de l’enfer de Swedenborg. Enfin, je me suis perdue de longues heures sur la toile à la recherche de rapports, d’études, de récits d’« histoires vraies », de thèses, de livres numérisés (traités de médecine du 19ème siècle ; Le Bardo Thödol (ou livre tibétain des morts)) et d’articles de presse.

Une structure alternée au service de l’intrigue

Sur le même principe que La Momie de Pâques, l’intrigue repose sur l'imbrication de deux récits miroirs : au 19ème siècle, une mère de famille issue de la bourgeoisie parisienne rédige son journal intime ; de nos jours, Marie part sur la trace d’une mystérieuse « anomalie » généalogique. Transporté, au fil des chapitres, d’une histoire à l’autre, le lecteur passe de la frustration (de quitter une époque) à la joie (de retrouver l’autre). Tenu en haleine par cette alternance temporelle, il n’a qu’une hâte : atteindre — comme il assemblerait les pièces d’un puzzle — le point de jonction des deux récits.
Berceau de la littérature fantastique et du spiritisme, le 19ème siècle s’est imposé de lui-même : il correspondait à merveille à ce voyage en Terra incognita. En favorisant l’immersion des lecteurs dans le récit, l'époque contemporaine sert d’embarcadère pour l’imaginaire. Quant au journal intime, il fonctionne comme une machine à remonter le temps : le lire, c’est revenir au cœur de la Troisième République.

Un style multiple

Dans son écriture, le roman est scindé en deux, tant en termes de style que de focalisation. Rédigée à la 3ème personne du singulier, l’époque contemporaine est marquée par un style résolument moderne, bâti sur des traits d’humour et des dialogues. Rédigé à la 1ère personne du singulier (par l’intermédiaire d’un journal intime), le 19ème siècle respecte le langage, le vocabulaire, les expressions, la grammaire, le style mais aussi les conventions sociales d’un âge révolu. 

La place de la femme dans la société

À la fin du 19ème siècle (marqué par l’éclosion, sur l’ancien comme le nouveau continent, de plusieurs mouvements féministes), la femme existe au travers de son époux (à qui elle doit obéissance), de ses enfants, de son foyer. Elle n’a aucun droit politique ou civil ; et si elle peut travailler, son salaire reste largement inférieur à celui d’un homme. C’est donc avant tout une épouse (un faire-valoir pour son compagnon qui peut, s’il souhaite s’en séparer, la répudier en divorçant), et une mère (qui ne possède, d’ailleurs, aucun droit sur ses propres enfants). Il me semblait important de souligner que l’égalité homme-femme (même à notre époque) était un concept résolument moderne.
Née en 1976 à Paris, Luisa Gallerini est une romancière française. Scientifique de formation, elle écrit de nombreux articles pour la presse écrite, où elle publie aussi des nouvelles. Passionnée d’Egyptologie, d’art et de littérature fantastique, elle publie en 2015 le 1er volet de la série « Ceux d’en haut », La Momie de Pâques. Chasse aux trésors entre l’Égypte du 19ème siècle et l’Europe contemporaine, ce récit d’aventure mêle histoire, religion, fantastique et romance sentimentale au rythme d’une quête effrénée à la vie éternelle.
Son deuxième livre, Un Renard dans le Miroir, paraît en 2016. Entre quête initiatique, enquête policière et roman fantastique, ce récit érotique lève le voile sur l’un des plus célèbres salons littéraires du siècle dernier.
En 2018 paraît Une promenade hors du corps, le second volume de la série « Ceux d’en haut », un voyage inédit dans les mystères de l’occultisme et des extraordinaires pouvoirs du corps humain.
« Il existe une explication à tout. C’est la faiblesse de notre niveau de connaissance actuel qui limite, et parfois fausse notre compréhension de l’univers. »

« Notre corps n’est qu’une machine imparfaite (…), un modeste tamis ne laissant passer qu’une chose à la fois, filtrant et déformant tout, sans distinction. »

« L’homme et Dieu ne font qu’un. Dieu est en chacun de nous, et nous sommes tous partie intégrante de Dieu. »

« Il suffit quelquefois d’une simple maladresse, d’un oubli malencontreux, d’un événement fortuit pour qu’une ville entière bruisse de mille rumeurs. »

« Un plus un n’est pas égal à deux, un plus un est toujours supérieur à deux, car l’union de deux entités donne systématiquement naissance à une troisième, aussi infime soit-elle ; ainsi naissent les poulains, de l’accouplement d’un cheval et d’une jument ; ainsi fleurissent les grandes idées, de l’association de plusieurs cerveaux ; ainsi émergent les cathédrales, de l’empilement de blocs de pierres. Au-delà de ses parties, l’ensemble a sa propre raison d’être. »

« Celui qui rend un coup à son ennemi, par ricochet, se frappe lui-même ; un acte malfaisant se retourne toujours contre son instigateur. »

LE TUNNEL

(…) J’avance sans savoir où je vais, d’où je viens. Je ne suis persuadée que d’une chose : je dois progresser sans jamais faiblir. C’est une absolue nécessité. L’inertie m’emplit d’effroi. Y a-t-il quelqu’un ? Personne ne répond. Je hurle à maintes reprises, mais aucun son ne franchit mes lèvres ; je frappe des pieds et des mains, aucun bruit ne se fait entendre. Ici, le silence est d’or. Qui sait ? Peut-être l’écho est-il lui-même muet.
Au loin, une minuscule étoile scintille ; un point luminescent qui danse comme une flamme. Une galerie : je suis prisonnière d’un interminable boyau charbonneux. Je m’élance, je cours, je vole ! La lueur grandit, doucement d’abord. Puis de plus en plus vite. Le point devient noisette, la noisette devient pomme, la pomme devient citrouille, la citrouille devient lune, la lune devient soleil : je baigne dans un océan de lumière radieuse. Je n’ai jamais perçu une clarté pareille, d’une telle intensité ; c’est incroyable ! Et pourtant, ce fabuleux rayonnement ne m’éblouit pas. Au contraire, il panse mes plaies, réchauffe mon cœur, lève mes doutes, efface mes peurs : je me sens apaisée. Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie. Un sentiment de plénitude m’envahit. Un amour inconditionnel me submerge, l’émotion me gagne. Je ne pleure pas ; je ne parle pas non plus, c’est inutile. D’autres êtres sont là, autour de moi, et nous partageons notre félicité commune sans échanger un mot, par la seule force de l’esprit. Nos pensées sont à la fois limpides et instantanées. Quelle formidable sensation de liberté !
Une lumière plus profonde m’attire bientôt. Je quitte le nid d’âmes frémissantes pour me remettre en route. « À présent, regarde », me souffle une entité de lumière que je perçois sans réellement voir. Elle flotte à mes côtés dans un halo évanescent. J’attends, et ma vie commence.

LE PERSIL

(…) je restai sans voix : François venait de tremper un morceau de pain dans sa soupe. Brutalement, un flot d’odeurs, de sensations inconnues, me submergea : l’effluve âcre du poireau, la senteur sucrée de l’oignon, le piquant de la moutarde en grains, l’arôme onctueux de la crème fraîche, le bouquet poussiéreux de sel et de poivre, le velouté de la pomme de terre, les relents laiteux du fromage fondu, les émanations de beurre frais et de pain rassis gorgé de bouillon de poule. Les yeux mi-clos, j’humai l’air comme le plus troublant des parfums.
Le persil sur le marché, le pain trempé dans la soupe… Que m’arrive-t-il ?

L’EXORCISME

Sur ces mots prononcés avec une force surnaturelle, le père Thomas s’écroula à genoux, front à terre et mains plaquées au sol. D’interminables minutes s’écoulèrent ainsi avant qu’il commençât à osciller d’avant en arrière. À l’instant où il reprit ses invocations, son mouvement de bascule s’amplifia. Je gardai les paupières closes pour ne plus croiser son regard. Comme attirés par une horde de spectres, ses yeux roulaient à une vitesse folle dans ses orbites. Que voyait-il ? Le bas de son visage se tordait d’épouvante, ses mâchoires grinçant horriblement. Des gouttes de sueur perlaient à ses tempes. Le brasier qui se reflétait dans ses pupilles fiévreuses soulignait la pâleur de ses joues cadavériques. À chaque fois qu’il se penchait en avant, son crâne cognait sourdement au sol. Avait-il perdu la tête ? Les démons avaient-ils pris possession de lui ? Lorsqu’il se redressa, mes yeux s’écarquillèrent. Défiguré par quelque emprise maléfique, il était méconnaissable. Je suffoquai, une peur insensée me labourant les viscères. S’il s’agissait d’une hallucination, la démence s’était définitivement invitée dans mon esprit vicié. 
Assis sur les talons, il m’interpella sèchement :
— Répétez après-moi : « Ô Dieu, par votre nom sauvez-moi et par votre vérité rendez-moi justice ; Seigneur, exaucez ma prière, prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche. Car des étrangers se sont élevés contre moi, des puissants en veulent à ma vie ; et ils n'ont pas mis Dieu devant leurs yeux. Mais voici que Dieu vient à mon secours ; et le Seigneur est mon soutien. »
Toute velléité m’ayant quitté, je scandai avec lui, mot après mot, cette promesse d’une délivrance prochaine. Malheureusement, l’exorcisme ne faisait que commencer. 
On resserra mes liens. Je voulus m’insurger, crier ; on me bâillonna. Intérieurement, j’hurlais de terreur. Le crucifix écrasé sur ma poitrine, comme planté en plein cœur, l’homme de Dieu reprit sa sinistre mission en empoignant mes cheveux à pleine main pour maintenir ma tête en arrière — le roux, la couleur du diable, j’étais marquée à la naissance, la lutte serait acharnée. 
« Je t’exorcise, esprit très impur, toute incursion de l'adversaire, toute présence, toute légion, au Nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sois arraché et chassé de cette créature de Dieu. »
Lâchant le crucifix, il se signa à la hâte et poursuivit : 
« II te l'ordonne lui-même Celui qui t'a commandé de plonger du plus haut des cieux dans les abîmes de la terre. Il te l'ordonne lui-même Celui qui a commandé aux vents et aux tempêtes. »

LA FOURCHETTE

Lorsqu’enfin je reposai mon bras sur la table, je vis Marcel blêmir, aussitôt suivi de François qui se mit à trembler comme une feuille. Passées les premières secondes de stupéfaction, Paul, bien qu’intrigué, recula sur sa chaise. Quant à Claude, sa grande main velue s’arrêta nette au sommet de son crâne, et sa bouche s’ouvrit démesurément sans qu’aucun son n’en sortît. Frémissante de rage — de quel droit traitait-il ma mère ainsi ? —, je ne compris ce qu’il se passait qu’à l’instant où mes yeux se posèrent sur ma fourchette : flottant toute seule dans les airs, elle tournait à droite, puis à gauche, cherchant le coupable idéal pour y planter ses dents d’argent. 

LA SEANCE DE SPIRITISME

Alors que nous avions d’ores et déjà brisé la chaîne de nos doigts et que nous nous apprêtions à nous lever, la table craqua imperceptiblement. Je me reculai instinctivement. Impavides, les autres convives semblaient n’avoir rien remarqué. Je jetai un coup d’œil furtif à ma voisine, elle n’avait pas bougé. Personne n’avait quitté sa place, pourtant l’atmosphère avait radicalement changé. Seul le maître de cérémonie tendait l’oreille et si son attitude apaisa une partie de mes craintes — je n’étais peut-être pas folle —, cela ne me rassura guère. Dans ses yeux grands ouverts, on devinait l’empreinte, reconnaissable entre toute, de l’angoisse.
— L’heure a sonné, gronda-t-il à l’instant précis où une à une, les bougies s’éteignirent comme soufflées par une bouche invisible. Il est trop tard, vous n’êtes plus les bienvenus.
Le temps que mes yeux s’accommodent à la pénombre, un gloussement rauque avait résonné à ma droite, suivi d’un rire qui me pétrifia. J’attrapai le bras de ma voisine ; il était dur et froid comme la mort. Un coup sourd retentit, puis un gémissement inhumain déchira l’air saturé. La panique s’était emparée des invités. Aveuglés, ils se cognaient les uns aux autres en cherchant la porte à tâtons. Mon acuité visuelle me permettait de distinguer les formes inertes et animées. Prenant mon courage à deux mains, j’observai la gouvernante. Dans l’obscurité, ses prunelles brillaient d’un éclat mauve. Ployée en arrière, sa nuque affichait un angle étrange. Sa bouche s’entrouvrait à intervalles réguliers, mais aucun son n’en sortait. Immobile, Monsieur Hugo semblait pris de court. Dans la pièce, le désordre s’intensifiait. Un corps était tombé, des cris étouffés se multipliaient. Je savais où se logeait le mal, je devais intervenir. Un compte à rebours s’était déclenché, mettant notre vie à tous en péril. 
Sans réfléchir, je lâchai le bras de ma voisine pour, des deux mains, lui fermer la bouche. Un hurlement assourdi se fit entendre, puis une assiette se brisa au sol. La bousculade reprit de plus belle. Elle tenta de me repousser mais je tins bon. Pourquoi étais-je si intimement persuadée d’agir au mieux ?

LES FANTOMES

À peine le soleil couché, la poignée se mit, hier soir, à tourner toute seule. Fermée à clé de l’extérieur, la porte ne s’ouvrit pas, mais il me fut impossible, durant de longues minutes, de quitter des yeux le bout de métal qui remuait à intervalles irréguliers. Si cela s’était arrêté là, je n’aurais certainement pas passé une nuit plus agitée qu’à l’ordinaire ; à la maison, je dors bien avec des bruits de pas dans le corridor et d’inoffensifs spectres dans la chambre. Mais lorsque j’eus le malheur d’éteindre la bougie, le silence fit aussitôt place à une symphonie macabre : gémissements de douleur, clapotements visqueux, sanglots étouffés, frottements sourds, crissements d’ongles, froissements sinistres, soupirs rauques, craquements d’articulations, piaillements stridents, ricanements sordides… En boule sur le lit, j’étais incapable de me lever pour rallumer une bougie. Plus les bruits se rapprochaient, plus la tentation de fermer les yeux et de me boucher les oreilles était grande. Il fallait pourtant bien se rendre à l’évidence : je n’étais plus seule dans ma cellule. 
Paniquée, je me plantai les ongles dans la paume de la main. Les pleurs s’étaient transformés en hurlements démoniaques, les râles en grognements furieux, les coups légers sur les cloisons en violentes secousses. Le mobilier craquait comme du bois qu’on éventre à la hache — ou était-ce mon imagination malade ? —, le lit grinçait comme une gigantesque mâchoire et des frôlements toujours plus nombreux se pressaient autour de moi. La menace se précisait, je respirais à peine tant la peur m’oppressait. Pouvait-on combattre les forces de l’au-delà, ou du moins s’en défendre ?
Quand une substance molle et froide m’effleura le cou, j’ouvris la bouche pour crier mais aucun son n’en sortit. Je scrutai l’obscurité devant moi, sur les côtés, en haut comme en bas. En vain, c’était derrière moi que la chose se tenait. À la vue de cette monstrueuse apparition, un corps translucide meurtri de toute part, couvert d’ecchymoses noirâtres et de cicatrices sanglantes, mes muscles se pétrifièrent. Dans son visage cireux, deux affreux trous noirs me défiaient de leur abîme sans fond. Décrochée, sa mâchoire laissait apparaître le même gouffre béant. Les bras atrocement lacérés, le spectre se cognait aux meubles dans une pantomime effrénée. Quant à son rire… Mon Dieu ! Il me glaça les sangs. D’autres fantômes surgirent bientôt, traversant tantôt la porte, la fenêtre ou les murs. Leurs plaintes étaient aussi effrayantes que déchirantes. Allais-je mourir de peur dans cette sinistre chambre ?

L’ARBRE

Le danger qui nous guette aujourd’hui n’est pas un figuier, mais un arbre. Gigantesque, il plonge ses racines avides dans l’histoire collective et personnelle, et porte sur ses milliards de branches un nombre incalculable d’âmes. Cet arbre, Marie, c’est le Big Bang Tree, l’Arbre généalogique universel. L’humanité entière, du premier au dernier être humain né sur cette planète, nourrit ce végétal titanesque. Il y a quelques années, ce projet démentiel aurait été la risée de tous ; aujourd’hui, il s’inscrit dans l’ère du temps. En effet, quoi de plus simple, de nos jours, que d’exploiter l’immense puissance de calcul des ordinateurs géants de la Silicon Valley pour fusionner des forêts d’arbres gracieusement publiés par des millions d’internautes férus de généalogie dans le monde entier ? Par chance, subsiste un écueil de taille : la détection automatique et exhaustive de l’ensemble des anomalies. Car si nombre des singularités relevées sont aisément repérables, à l’instar des erreurs de retranscription dans les registres notariaux et paroissiaux, d’autres échappent à toute forme de logique, offrant une résistance surprenante à la horde de supercalculateurs chargés de rapprocher les données. 
Si vous vous demandez qui a semé la graine de ce monstre tentaculaire, sachez qu’aussi incroyable que cela paraisse, il s’agit des Mormons. Après avoir fondé en 1894 la Société généalogique d'Utah, ils sont aujourd’hui à la tête de plusieurs millions de microfilms — des copies archivées de registres civils et paroissiaux du monde entier —, stockés dans d’immenses chambres fortes creusées au cœur d’une montagne en granit massif, près de Salt Lake City, le fief historique de l'Église dissidente. Inventeurs de la norme GEDCOM, les Mormons se sont lancés en éclaireurs dans la course à l’Arbre généalogique universel, rejeton monstrueux de l'arbre de Jessé. Avaient-ils prévu que l’engouement suscité par leur minutieux travail de fourmi allait largement dépasser le cercle confidentiel de leur confession ?
Dans un souci de simplification administrative, les mairies ont rapidement attrapé le virus de l’archéologie généalogique. Appâtés par cette manne d’information gratuite, source de pouvoir potentiel, les États se sont également engouffrés dans la brèche, aussitôt talonnés par les plus hautes institutions internationales, les plus grandes puissances financières et économiques. Marie, imaginez-vous quel prix pourrait avoir un tel arbre ? Un arbre vivant où serait consignée, en temps réel, l’humanité entière ? On y trouverait tous les actes de naissance, d’union, de décès, de propriété, les fascicules de mobilisation, tous les testaments et autres documents notariés ! Mais surtout, on y ficherait chaque individu en enregistrant sur son profil le plus d’informations possibles, publiques ou privées : dossier médical, suivi bancaire, parcours professionnel, études et formations, idéologies politiques, affinités religieuses, réseaux sociaux, relations amicales et amoureuses, pratiques sexuelles, habitudes de consommation, salaires et impôts, loisirs, déplacements, et tant d’autres choses !

LE CIMETIERE

Le lendemain, elle s’éveilla avec ce qu’elle prit pour une idée de génie : prospecter au cimetière du Père Lachaise. S’il était complet depuis les années 1950, quand la chance vous souriait, il arrivait qu’une concession s’y libère à point nommé ; les âmes mortes de la plus emblématique des nécropoles parisiennes ne bénéficiant pas toutes d’un refuge éternel, on assistait ainsi, de temps à autre, au lever du jour, à un grand nettoyage de printemps. Au pire, il y avait toujours moyen de se faire une petite place au columbarium.
Équipée d’un minuscule parapluie couvert de grenouilles roses et de nénuphars bleus, Marie ne prit donc pas le chemin du travail, mais s’engouffra dans le métro pour quatre stations, direction Gallieni. Elle avait toute la journée devant elle pour trouver une justification à son absence ; au demeurant, en prendrait-on seulement note ? Devant la massive porte du Repos, l’une des entrées du cimetière, elle essuya une sévère averse, son parapluie de pygmée refusant tout net de s’ouvrir — quand on achetait ce type d’objet à la sauvette, on s’exposait forcément à des déconvenues. À cette heure matinale, si l’on excluait volatiles, rats, lézards et mouches, les caveaux faisaient grise mine. Quelques inconditionnels encerclaient bien la modeste tombe de Jim Morrison, mais de célèbres sépultures comme celle d’Allan Kardec, Oscar Wilde, Molière, Chopin ou encore La Fontaine n’attiraient guère d’autres visiteurs que des asticots égarés, des coléoptères repus et quelques diptères apathiques. Après avoir suivi au hasard un étroit sentier tortueux, Marie emprunta une contre-allée arborée pour rejoindre l’accueil, près de l’entrée principale. 
Bien que méchamment édenté, un vieillard au faciès de vampire l’apostropha vaillamment :
— Qu’est-ce qu’elle veut, la demoiselle ?
— Je cherche une tombe.
— Celle de Jim Morrison, c’est ça ? 
— Dieu m’en préserve ! Enfin, notez que je n’ai rien contre ce monsieur, paix à son âme ! Mais sa tombe attire tellement de maniaques, enfin de curieux, rectifia Marie, qu’il est impossible de l’approcher, et encore moins d’y prier en paix.
— Dans ce cas, mâchonna le vieil homme en réajustant ses lunettes loupes, dites-moi tout.
— Je cherche la sépulture d’une dénommée Marthe Delacombe, décédée en 1998 à Paris, dans le 20ème arrondissement.
— Vous êtes sa petite-fille ?
— Non, son amie. Enfin, juste une amie, hein, pas sa compagne ou…
Un regard acéré comme des canines de goule la transperça impitoyablement :
— Connaissez-vous sa date de naissance ?

LA MAISON DE RETRAITE

Si Louise Grenier n’avait plus toutes ses dents depuis fort longtemps, elle avait en revanche conservé toute sa tête. Marie l’observa à la dérobée. Courts et rêches, ses cheveux irisés de flambées mauves durcissaient ses traits. Brûlée par le soleil, sa peau acajou avait l’aspect d’une datte. Couleur aubergine, son nez s’épanouissait comme le bulbe, robuste, d’une échalote. Contre vents et marées, sa bouche immense, déformée par des années de turpitudes, restait continuellement béante. Mais aucun de ces détails, aussi frappants soient-ils, n’attirèrent l’attention de Marie de prime abord. En entrant dans la chambre, elle ne vit qu’une chose : une splendide paire d’yeux vert d’eau cerclés de noir ; les mêmes yeux qu’Adélaïde, sa grand-mère. Puis elle jeta un regard circulaire, et sa mâchoire manqua de se décrocher : du sol au plafond, chaque centimètre cube d’espace était occupé par des montagnes d’objets : bibelots ébréchés, cartons débordants de bric-à-brac, feuilles, emballages et journaux froissés, amoncèlements d’assiettes et de plats, appareils électriques désossés, disques rayés, sacs en plastique, piles de vêtements en vrac, menue monnaie et détritus, plantes artificielles, morceaux de polystyrène, monticules de boîtes, canettes et bouteilles vides, bocaux et paquets éventrés, pots sans fleurs, coussins déchirés, panière à linge renversée, pinceaux durcis et bidons troués. Au milieu de ce paysage apocalyptique, seuls deux objets avaient été préservés : le lit et la télévision murale.
— Dites-moi pas qu’elle est venue pour se rincer l’œil !
— Oh, pardon ! sursauta Marie, prise de court. Bonjour, Madame Grenier.
Alors c’était ça, le syndrome de Diogène ! Comment tolérait-on un tel désordre dans un établissement de soins ? La Gale, bien sûr… Apparemment, personne n’osait s’en approcher de trop près. 
— Louise.
— Bonjour, Louise. Je me présente, Amélie Broutechoux.
— C’est une blague ? cracha la vieille femme entre deux dents, le torse projeté en avant.
Dans cette position particulière, elle ressemblait à une monstrueuse vipère.
— C’est mon nom.
— Vous mentez.
— Mais si je vous dis que je m’appelle…
— Taisez-vous, non mais alors ! On vous entend de là-haut ! rugit-elle en brandissant un index pachydermique vers le plafond de la chambre.
Tout compte fait, peut-être n’avait-elle plus toute sa tête. À moins qu’elle ne cherchât à détourner l’attention de Marie qui ne pouvait s’empêcher de fouiller des yeux l’inextricable capharnaüm qui lui tenait lieu de chambre.

LA COMMUNAUTE

Quand elle franchit le seuil, les conversations s’arrêtèrent et tous les regards convergèrent vers elle. Aucun visage ne lui était familier parmi cette foule compacte ; elle déglutit péniblement. Un centre d’attention ne pouvait être que « coupable », se dit-elle en descendant pesamment les marches avant de s’asseoir à sa place, dos au public. Elle qui croyait avoir trouvé une nouvelle famille ! Cruelle déception ; la communauté bienveillante qu’elle avait imaginée avait tout l’air d’un redoutable groupuscule. Toute cette mascarade la révoltait déjà.
— Le Conseil des Sages est ouvert, assena une voix de basson.
Quels Sages ? s’interrogea Marie. Tout le monde ne semblait pas avoir la même définition de la sagesse. Derrière le jeune juge, un colosse en costume gris foncé s’était avancé sur l’estrade, aussi raide que l’un des douze piliers antiques que comptait la rotonde. Vingt-neuf silhouettes vêtues de la même toge blanche cousue d’or firent leur entrée en file indienne avant de prendre place sur les sièges en bois sculpté ; elles portaient toutes un masque doré identique, couvrant leur visage aux trois-quarts. Marie ne put réprimer un frisson d’horreur.  
— Le procès peut commencer, déclara le colosse de sa voix grave et puissante.

LA CASTE DES REVENANTS

— Faut-il comprendre « revenant » dans le sens « fantôme » ?
— Absolument pas, c’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, nous avons assisté à des débats plutôt houleux lors du vote visant à approuver ce changement de nom. Les Revenants sont des êtres de chair et de sang. Coincés entre la vie et la mort — d’où leur appellation d’origine, « morts-vivants » —, ils sont « revenus » de l’Au-delà — d’où leur dénomination actuelle. Et ils ne sont pas revenus les mains vides, puisqu’ils ont acquis la capacité de franchir les frontières du réel. Cela leur confère des pouvoirs, disons, extraordinaires. Les chamanes, pour ne citer qu’eux, sont bien souvent des Revenants ; ils vont et viennent d’un monde à l’autre, atteignant des niveaux de connaissance qui échappent totalement à notre compréhension.
— Quel impact ces pouvoirs ont-ils sur leur durée de vie ?
— Les Revenants n’évoluent pas dans le même espace-temps que le nôtre ; le temps est élastique pour eux. S’ils ne sont, d’ordinaire, ni immuables, ni impérissables, ni inaltérables, certains développent des pouvoirs d’autoguérison, de régénération cellulaire. Par nature, un Revenant est aussi puissant qu’imprévisible. Fluctuante et méconnue, cette Caste est sûrement la plus énigmatique. 
Marie semblait quelque peu perplexe :
— Tant de charlatans prétendent avoir ce genre de pouvoirs… Comment séparer le bon grain de l’ivraie ?
— Les candidats sont triés sur le volet — cette Caste est la plus difficile à intégrer ; pour être admis dans la Communauté, il faut faire montre de talents « exceptionnels ».
— Je suppose que la Communauté est parfois divisée à son sujet, qu’elle suscite des controverses…
— Avec les Déambulants, c’est en effet la Caste qui donne lieu aux discussions les plus musclées.

LE SERMENT

Une main lui attrapa l’épaule pour la guider sur quelques pas. Un court silence s’ensuivit, puis on ôta son masque ; face à elle, une porte s’ouvrait dans le ciel. À quelle hauteur se trouvaient-ils ? Une angoisse soudaine s’empara d’elle. Elle voulut baisser la tête, mais il lui était impossible de ployer la nuque ; la camisole qui lui enserrait les bras lui immobilisait aussi le cou. Elle ne pouvait regarder que droit devant elle, plongeant dans un ciel immaculé d’un bleu profond. Qu’attendaient-ils ? Qu’elle se jette dans le vide ? Une vision d’horreur la fit instinctivement reculer d’un pas — « paralysée pour l’éternité… ». Ils n’avaient pas le droit de lui demander une chose pareille, c’était inconcevable. 
— Madame Dujardin, déclara une voix rocailleuse sur sa droite, jurez-vous fidélité à la Communauté de Ceux d’en haut et obéissance au Règlement, devant Dieu et cette assemblée, depuis ce jour et jusqu'à votre mort ?
Autant dire pour l’éternité, songea Marie.
— Je le jure.
— Madame Dujardin, questionna un dernier Sage, avez-vous confiance en Ceux d’en haut, entièrement et sans réserve ?
Voilà donc où ils voulaient en venir, se dit-elle avec effroi. Elle étouffa un gémissement d’épouvante avant de répondre :
— J’ai confiance en Ceux d’en Haut, entièrement et sans réserve.
Dehors, le soleil déclinait déjà.
— Alors vous pouvez sauter. 
Prise de nausée, Marie ferma les yeux. Au-delà du symbole, rejoindre le ciel de cette façon-là était sans conteste l’ultime épreuve initiatique ; Ceux d’en haut n’étaient-ils pas, chacun à leur manière, éternels ? De quoi avait-elle peur, alors ? De souffrir de ses blessures jusqu’à la fin des temps ? D’être transformée en femme-machine ? De traverser les siècles à l’intérieur d’un organisme accidenté, estropié, aveugle, végétatif ?
Les larmes aux yeux, elle respira profondément. Elle tremblait si fort que le moindre faux pas pouvait la précipiter dans le vide. Derrière ses paupières closes, Rosalie, Luisa puis Jeanne apparurent ; trois visages qu’elle ne reverrait peut-être jamais. Luisa… Si elle ne sautait pas, elle n’aurait aucun moyen de la sauver. Quand elle s’approcha du bord, elle regretta de ne plus porter le masque blanc. Finalement, elle aurait préféré ne rien voir au moment de se jeter dans le ciel. Dans quel état sortait-on d’une telle épreuve ? Les muscles de son visage tressautèrent convulsivement comme si son corps, à travers ces vaines grimaces, refusait qu’on lui imposât un tel châtiment. Mais il était temps ; elle ouvrit grand les yeux, puis sans un mot, sans un cri, sans même un soupir, elle s’élança dans le vide.     
Au loin, des voix s’élevèrent de concert : « Au nom de la Communauté de Ceux d’en haut, nous t’accueillons parmi nous, Marie, au sein de la Caste des Ressuscités… ». Puis un choc terrible se fit entendre.
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