A l’heure du déjeuner, elle sortit discrètement pour se rendre à l’épicerie voisine, fuyant les sempiternelles invitations à manger chez "Gégène". La brasserie, qui n’avait de cette appellation que sa capacité à brasser en quantité une nourriture douteuse, baignant dans la sauce et le graillon, saoulait sa population de cadres moyens de tabac froid aux relents de friture, tout en pratiquant impunément une tarification prohibitive, inversement proportionnelle à la qualité des mets.
Dès que l’ordinateur fut démarré, elle lança sa première recherche Internet. Après une volée de clics frénétiques, une page sur la révolution de 1848 apparut :
Le 10 décembre 1830, on décida d’élever une colonne funéraire sur la place de la Bastille. Les travaux furent menés de 1833 à 1840. Ils furent confiés aux architectes Cellerier et Alavoine, secondés par Joseph–Louis Duc et Baltard. Chargés d’ériger ce monument en l’honneur des morts des Trois Glorieuses, ils conçurent une colonne creuse, en trois parties, afin de symboliser les trois glorieuses journées. Surmontée d’un génie représentant « La Liberté qui s'envole en brisant des fers et en semant la lumière » , la colonne fut inaugurée le 28 juillet 1840. 
Dans une galerie souterraine semi-circulaire furent installés deux grands sarcophages de plus de dix mètres de long contenant chacun vingt-cinq cercueils de chêne et de plomb. Dans chaque cercueil reposent à ce jour les ossements de dix combattants mêlés, fait singulier, aux restes d’antiques momies égyptiennes. Mais d’où proviennent ces  momies ? 

Le lendemain matin, elle s’éveilla dans un état d’excitation inhabituel. Oubliant combien sa virée nocturne les avait salies, elle enfila ses chaussures sans les cirer, puis passa son manteau, s’enroula dans son étole terreuse, et, sacoche à la main, déverrouilla la porte. Après s’être assurée d’un coup d’œil circulaire que tout était en ordre, elle quitta son appartement.

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