La Bastille comme vous ne l’avez jamais vue…

Avis aux amateurs d’anecdotes et de faits divers et insolites !
Dame Bastille , le nombril de Paris, s'apprête à dévoiler ses nombreux secrets...
En bas de page, un diaporama commenté complètera votre soif de découverte! Bonne lecture à tous.

Le bal des monuments
La Prison maudite

De la forteresse aux fers

Sous Charles V (1338-1380), la forteresse de la Bastille est construite (entre 1370 et 1383) sur les remparts de Paris pour défendre la porte Saint-Antoine. C'est également un arsenal, une caserne, un coffre-fort royal, une issue de secours royale et un pied-à-terre tout aussi royal. Mais François 1er (1494 – 1547), à l'instar de Louis XI (1423 - 1483), voit les choses différemment ; une petite révolution s'opère alors pour le château, qui devient un haut lieu de la capitale où l'on organise de somptueuses réceptions. Quelques décennies plus tard, c’est le Cardinal de Richelieu (1585-1642) qui a le dernier mot (enfin presque !) : la Bastille, désormais, est une prison d'État.

De mémorables embastillés

Une brochette d'illustres prisonniers furent incarcérés à la Bastille.
Parmi eux :

Le malchanceux marquis est transféré le 4 juillet 1789 à la prison de Charenton, dix jours seulement avant la prise de la Bastille (et une libération anticipée !). La raison de ce transfert ? De la fenêtre de sa cellule, il excite la foule en vociférant dans un haut parleur « maison (prison ?)», un tuyau de fer emboîté dans l’entonnoir destiné à se débarrasser des eaux usées dans les fossés… Sade serait-il l’instigateur méconnu de la révolution française ? La question reste ouverte.


Voltaire passe un an en prison (1717). A sa sortie, il se voit gratifié d’une rondelette pension de mille écus par le Régent. Sa réponse est éloquente : « Je remercie Votre Altesse Royale de ce qu'elle veut bien se charger de ma nourriture, mais je la prie de ne plus se charger de mon logement ».

Le mystérieux Masque de Fer, dont personne ne connait l'identité ni le visage, entre à la Bastille en 1698 pour ne jamais en sortir ; en 1703, on le retrouve mort dans sa cellule.


Ce garçon-chirurgien à la vie dissipée invente un complot fictif pour approcher la belle marquise de Pompadour (1721-1764). Sa méthode ? Il lui envoie un colis piégé, en la prévenant in extremis… Qu’espère-t-il ? Une coquette récompense. Qu’y gagnera-t-il ? Des années et des années d’emprisonnements, dans diverses prisons (la Bastille, la forteresse de Vincennes, Charenton, Bicêtre…), années qui augmenteront au fil de ses évasions (3 au total)… Évidemment, en 30 ans, on commence à bien connaître les « ficelles de la malle » ! Pour s’échapper de la Bastille, il confectionne une échelle de corde avec ses vêtements et des bûches de chauffage dûment taillées. Muni de cette échelle de fortune, il s’enfuit avec un complice en passant par la cheminée. Puni pour insubordination, envoyé aux cachots, il trouvera dans les rats et les pigeons les meilleurs amis du monde.


Nicolas Fouquet est l’intendant des finances sous Louis XV (1710 - 1774). Officiellement incarcéré pour crime de lèse-majesté et pour détournement de fonds publics, officieusement trop puissant au goût du roi, il passe plusieurs mois à la Bastille, en 1661, pendant le déroulement de son procès.
Pellisson est le secrétaire de Nicolas Fouquet. Lorsque son maître est emprisonné en 1661, il refuse de le renier. Résultat des jeux : il reste embastillé quatre ans, qu’il occupe, notamment, à faire copain copine avec… les araignées de sa cellule.

Savant et écrivain français, émailleur, peintre, potier, verrier et compositeur de vitraux (ouf !), ce touche-à-tout est aussi le protégé de Catherine de Médicis (1519 - 1589). Mais il a le malheur d’embrasser la cause protestante… En 1588, c’est un crime ; on l’emprisonne. A la conciergerie, puis à la Bastille où il meurt à peine un an plus tard, de froid, de faim et autre traitements de faveur…



Une lente agonie

Le 14 juillet 1789, lorsque les révolutionnaires s’emparent de Bastille, il n'y a que 7 prisonniers dans ses murs, dont deux fous que l'on dut enfermer à Charenton, quatre faussaires et un noble débauché. Parmi les défenseurs de la prison, on ne compte qu'un mort, prénommé... Fortuné. Du côté civil, 80 personnes perdent la vie. Ce jour-là, la Bastille est éraflée, mais loin d’être détruite ; il faudra un an pour venir à bout du fort, et pour effacer ses dernières traces, 16 années supplémentaires. Ses 8 tours prénommées tours de la Comté, de la Chapelle, du Puits, du Coin, de la Bertaudière, du Trésor, de la Bazinière et de la Liberté (ne porte-t-elle pas bien son nom ?) ne forment pourtant qu'un rectangle de 68 mètres sur 37, et ne culmine qu'à 24 mètres ; mais il faut croire que le bâtiment est solidement bâti.

Dès le lendemain, un entrepreneur du bâtiment dénommé Pierre-François Palloy, épaulé par 800 ouvriers, commence la sinistre besogne sans autorisation officielle (qui ne saura tarder). Avec les pierres et autres matériaux récupérés, ce commerçant-né construira divers objets souvenirs (maquettes de la prison , clés, bijoux, etc) qu'il vendra au tout-venant comme aux chefs-lieux des nouveaux départements français, et qui feront sa fortune. En 1790, lors des travaux de mise à sac de l’édifice, on découvre un réseau de cachots secrets, et les corps de plusieurs victimes, mortes enterrées vivantes. Le soir du 14 juillet 1790, pour fêter le coup de grâce infligé au monstre de pierre, un bal improvisé anime la place ; ce sera le premier d’une longue série, le traditionnel bal du 14 juillet étant toujours d’actualité.

Que reste-t-il aujourd'hui de l' « Enfer des vivants »?

  • Les frontières du château
Au n°3 de la place de la Bastille (où se tenait jadis la tour du Trésor, qui servait de coffre-fort), au dessus du café Français, se trouve une plaque sur laquelle le plan de l’édifice est sommairement gravé.  



Au n°5 de la rue Saint Antoine, une plaque porte ces mots à l'emplacement de l'ancienne entrée de la forteresse de la Bastille : « Ici était l'entrée de l'avant-cour de la Bastille par laquelle les assaillants pénétrèrent dans la forteresse le 14 juillet 1789 ». 



Boulevard Henri IV (au n°49, où s'élevait la tour de la Bazinière) et rue Saint-Antoine (au n°1, où avait été construite la tour de la Liberté), à quelques mètres de la place de la Bastille, on aperçoit au sol, sur les trottoirs et sur la route, le périmètre de l'ancienne prison.

Une triple rangée de pavés carrés en indique l’emplacement.



Dans la station de métro Bastille (sur la ligne 5, direction Bobigny), on peut voir derrière une vitre quelques pierres d'un mur de contrescarpe. Sur les quais, on retrouve le même triple pavage qu’à l’extérieur.



  • Du recyclage des matériaux
Certaines ont été réutilisées lors de la construction du pont de la concorde (dont le chantier débute en 1787), d’autres lors de celle d’immeubles, et d’autres encore lors du pavage de la rue de Tracy. Mais certaines furent oubliées ; à la fin du 19e siècle, en creusant le sol pour permettre à la première ligne de métro (la ligne 1) de circuler, quelques vestiges de la Bastille sont mis à jour : des fragments de la tour de la Liberté. Ces fragments sont aujourd’hui assemblés à nouveau, et visibles dans le square Henri-Galli .
  • L’échelle volante
Alors que la Bastille est à feu et à sang, le prisonnier Masers de Latude, avant de quitter sa cellule, s’empare de… l’échelle de la prison. Fier comme Artaban, au milieu de l’agitation générale, il s’en va tête haute porter son trophée à l’Hôtel de Ville (la marquise de Pompadour n’étant plus de ce monde, elle ne pouvait recevoir ce nouveau présent…). L’échelle de la Bastille se trouve aujourd’hui au musée Carnavalet, dans le marais.


La Guillotine de la liberté

Du 9 au 14 juin 1794, la guillotine est installée sur la place de la Bastille : 75 personnes y sont exécutées en... 5 jours. Et pourtant ! Quelques années auparavant, en 1792, la place avait été baptisée place « de la Liberté », et en 1793, une jolie fontaine y avait été installée...


Un éléphant, ça trompe énormément

C'est en 1808 que Napoléon décide de construire sur la place de la Bastille un bien étrange monument : un éléphant en bronze (grâce aux canons soustraits aux Espagnols insurgés). Surmonté d'une tour, il doit mesurer 24 mètres de haut et de sa trompe géante doit jaillir de l'eau ; en effet, on ne peut envisager sérieusement une place sans fontaine. Un escalier, installé dans l'une des pattes du mastodonte, doit permettre de grimper au sommet.
Un socle circulaire est construit, aussitôt transformé en fontaine ; mais le projet, très coûteux (entre 400 000 et 600 000 francs), tarde à démarrer : manque de crédits, guerres à répétition... En 1813, les travaux reprennent. Malheureusement, seul un éléphant en plâtre, une maquette grandeur nature, ou presque (haute de 12 mètres et longue de 16 mètres), sculptée par Pierre-Charles Bridan, jaillira des pavés parisiens à la gloire de Napoléon, au sud-est de la place. En 1846, l'éléphant de plâtre, devenu l'abri des rats et un repère des brigands, sera abattu. Pour son gardien, un dénommé Levasseur, hébergé in situ dans l’une des pattes de l'animal pour surveiller l'édifice en ruine, cette démolition marquera la fin d’un long calvaire. Pour les rats délogés, qui envahissent derechef le quartier, ce sera le début d’une longue partie de chasse à laquelle tous les habitants participeront, manu militari.
Aujourd’hui ne reste du pachyderme parisien que le piédestal circulaire en marbre blanc, initialement construit pour accueillir l’éléphant en bronze, et sur lequel a finalement été érigée la colonne de Juillet.

Dans Les Misérables (Tome IV, Livre 6, Chapitre II « Où le petit Gavroche tire parti de Napoléon le Grand »), Victor Hugo, loge Gavroche dans ce refuge de fortune :

« — Et où loges-tu ?
— Dans l’éléphant, dit Gavroche.
Montparnasse, quoique de sa nature peu étonné, ne put retenir une exclamation :
— Dans l’éléphant !
— Eh bien oui, dans l’éléphant ! repartit Gavroche. Kekçaa ?
Ceci est encore un mot de la langue que personne n’écrit et que tout le monde parle. Kekçaa signifie : qu’est-ce que cela a ?
L’observation profonde du gamin ramena Montparnasse au calme et au bon sens. Il parut revenir à de meilleurs sentiments pour le logis de Gavroche.
— Au fait ! dit-il, oui, l’éléphant Y-est-on bien ?
— Très bien, fit Gavroche. Là, vrai, chenûment. Il n’y a pas de vents coulis comme sous les ponts.
— Comment y entres-tu ?
— J’entre.
— E y a donc un trou ? demanda Montparnasse.
— Parbleu ! Mais il ne faut pas le dire. C’est entre les jambes de devant. Les coqueurs ne l’ont pas vu.
— Et tu grimpes ? Oui, je comprends.
— Un tour de main, cric, crac, c’est fait, plus personne. »

Sa description du « cadavre grandiose d’une idée de Napoléon » mérite le détour : 

Il y a vingt ans, on voyait encore dans l’angle sud-est de la place de la Bastille près de la gare du canal creusée dans l’ancien fossé de la prison-citadelle, un monument bizarre qui s’est effacé déjà de la mémoire des Parisiens, et qui méritait d’y laisser quelque trace, car c’était une pensée du « membre de l’Institut, général en chef de l’armée d’Égypte ».
Nous disons monument, quoique ce ne fût qu’une maquette. Mais cette maquette elle-même, ébauche prodigieuse, cadavre grandiose d’une idée de Napoléon que deux ou trois coups de vent successifs avaient emportée et jetée à chaque fois plus loin de nous, était devenue historique, et avait pris je ne sais quoi de définitif qui contrastait avec son aspect provisoire. C’était un éléphant de quarante pieds de haut, construit en charpente et en maçonnerie, portant sur son dos sa tour qui ressemblait à une maison, jadis peint en vert par un badigeonneur quelconque, maintenant peint en noir par le ciel, la pluie et le temps. Dans cet angle désert et découvert de la place, le large front du colosse, sa trompe, ses défenses, sa tour, sa croupe énorme, ses quatre pieds pareils à des colonnes faisaient, la nuit, sur le ciel étoilé, une silhouette surprenante et terrible. On ne savait ce que cela voulait dire. C’était une sorte de symbole de la force populaire. C’était sombre, énigmatique et immense. C’était on ne sait quel fantôme puissant, visible et debout à côté du spectre invisible de la Bastille.
Peu d’étrangers visitaient cet édifice, aucun passant ne le regardait. Il tombait en ruine; à chaque saison, des plâtras qui se détachaient de ses flancs lui faisaient des plaies hideuses. Les « édiles », comme on dit en patois élégant, l’avaient oublié depuis 1814. Il était là dans son coin, morne, malade, croulant, entouré d’une palissade pourrie, souillée à chaque instant par des cochers ivres; des crevasses lui lézardaient le ventre, une latte lui sortait de la queue, les hautes herbes lui poussaient entre les jambes ; et comme le niveau de la place s’élevait depuis trente ans tout autour par ce mouvement lent et continu qui exhausse insensiblement le sol des grandes villes, il était dans un creux et il semblait que la terre s’enfonçât sous lui. Il était immonde, méprisé, repoussant et superbe, laid aux yeux du bourgeois, mélancolique aux yeux du penseur. Il avait quelque chose d’une ordure qu’on va balayer et quelque chose d’une majesté qu’on va décapiter.
Comme nous l’avons dit, la nuit l’aspect changeait. La nuit est le véritable milieu de tout ce qui est ombre. Dès que tombait le crépuscule, le vieil éléphant se transfigurait ; il prenait une figure tranquille et redoutable dans la formidable sérénité des ténèbres. Étant du passé, il était de la nuit ; et cette obscurité allait à sa grandeur.
Ce monument, rude, trapu, pesant, âpre, austère, presque difforme, mais à coup sûr majestueux et empreint d’une sorte de gravité magnifique et sauvage, a disparu pour laisser régner en paix l’espèce de poêle gigantesque, orné de son tuyau, qui a remplacé la sombre forteresse à neuf tours, à peu près comme la bourgeoisie remplace la féodalité. Il est tout simple qu’un poêle soit le symbole d’une époque dont une marmite contient la puissance. Cette époque passera, elle passe déjà ; on commence à comprendre que, s’il peut y avoir de la force dans une chaudière, il ne peut y avoir de puissance que dans un cerveau ; en d’autres termes, que ce qui mène et entraîne le monde, ce ne sont pas les locomotives, ce sont les idées. Attelez les locomotives aux idées, c’est bien ; mais ne prenez pas le cheval pour le cavalier.
Quoi qu’il en soit, pour revenir à la place de la Bastille, l’architecte de l’éléphant avec du plâtre était parvenu à faire du grand […].


La colonne de Babel

La colonne ne s'est pas construite en un jour

Pour commémorer les Trois Glorieuses, Louis-Philippe (1773-1850) décide en 1831 d’élever au centre de la place de la Bastille une « colonne » inspirée de la colonne Trajane à Rome : la colonne de Juillet. C'est l'architecte Jean-Antoine Alavoine qui exécute l'ensemble des plans ; en 1834, un an après le lancement du projet, il meurt à la tâche. Son confrère Louis Duc prend alors le relais. Il construit la colonne (de 50 m de haut) en bronze (le marbre de Carrare prévu initialement pesait bien trop lourd pour un construction de cette envergure (1100 tonnes contre 180 pour le bronze)), et se charge de sa décoration en 1839. En juillet 1840, la colonne dite « de Juillet » est inaugurée.
Mais ce n'est pas sans peine ! Un an auparavant, en 1839, le chapiteau de 11 tonnes qui doit être acheminé jusqu'à la Bastille à chariot, l’est finalement.... à bras d'hommes. En effet, à Ménilmontant, les douze chevaux qui tractent la pesante cargaison refusent d'aller plus loin, on les comprend. C'est alors la foule, heureusement nombreuse, qui retrousse ses manches à l’unisson et emmène le chapiteau jusqu'à la colonne.


Un Génie ollé ollé

Au sommet de la colonne, virevolte le « Génie de la liberté », une statue en bronze doré d'Augustin Dumont. D’une main, il brandit « le flambeau de la civilisation » et de l’autre, il tient « la chaîne rompue du despotisme ». Entièrement nu, il surplombe la capitale. Serait-ce l’ultime symbole de la liberté ?



Anatomie d’un tuyau de poêle

En bas de la colonne, on peut lire sur une plaque : « À la gloire des citoyens français qui s'armèrent et combattirent pour la défense des libertés publiques dans les mémorables journées des 27, 28, 29 juillet 1830. » Sur son socle, un lion symbolise le mois de juillet (signe astrologique). Sur son fût sont gravés les noms des 504 victimes des Trois Glorieuses. Leurs restes reposent dans les fondations où des caveaux funéraires ont été aménagés ; en 1848, on y ajoute les 196 dépouilles des victimes de la Révolution française de 1848 (du 22 au 25 février).  

Dans Les Misérables (Tome IV, Livre 6, Chapitre II « Où le petit Gavroche tire parti de Napoléon le Grand »), Victor Hugo n’hésite pas à donner son avis sur l’auguste monument : « l’architecte du tuyau de poêle a réussi à faire du petit avec du bronze. Ce tuyau de poêle, qu’on a baptisé d’un nom sonore et nommé la colonne de Juillet, ce monument manqué d’une révolution avortée […] ».

Momies et jardins secrets

En exhumant d'un jardin qui jouxtait la Bibliothèque Nationale les ossements des révolutionnaires des Trois Glorieuses, on mêla à ceux-ci, par mégarde, les restes de momies égyptiennes ramenées en France par les savants de la campagne d'Égypte napoléonienne. Ces dernières, qui s'abîmaient dans la Bibliothèque, avaient clandestinement été enterrées là, dans ce même jardin, bien avant que le charmant morceau de verdure ne devienne une fosse commune pour les infortunés émeutiers.

L'appel du vide

Pour accéder au chapiteau, il faut gravir les 140 marches en bronze d'un escalier à vis, enroulé à l’intérieur de la colonne. En 1841, on enregistre un premier suicide (un homme se jette d’en haut). Les suivants auront raison de l'accès libre ; depuis une trentaine d’années, on ne peut plus grimper au sommet de la colonne.

La grille qui encercle le socle est là pour nous rappeler qu’il n’y a rien à voir, ni d’en haut, ni à l’intérieur, ni en bas...

 L'« opéra-éléphant » d'un président

En 1982, décision est prise de construire un nouvel Opéra à Paris. François Mitterrand, alors président, veut rendre la musique classique accessible à toutes les bourses. Un concours est lancé en 1983 pour choisir un architecte : Carlos Ott, un uruguayen, gagne le projet l’année suivante. Les travaux commencent aussitôt. Première étape : détruire la gare désaffectée de la Bastille, pour y installer le bâtiment. Le 13 juillet 1989, l’Opéra Bastille est inauguré à temps, et en grande pompe, pour le bicentenaire de la prise de la Bastille. Mais à quel prix !.... 
Outre les nombreux dysfonctionnements techniques qui perturbent, les premières années, les spectacles, en 1990, c'est la chute d'une dalle qui provoque le scandale.  5 000 m2 de filets de sécurité doivent être posés à la hâte sur la façade, pour un coût de 530 000 €. En 1991, l’État engage un procès pour malfaçon, qu'il ne gagnera qu'en 2007. Pour le remplacement des 36 000 dalles en pierre calcaire défectueuses, les constructeurs seront condamnés à verser 9 millions d’€. Et ce n'est pas tout, puisque le jeune édifice doit d’ores et déjà être remis aux normes ; ce qui nécessite quelques menus aménagements, pour 12 millions d’€.


Tous les chemins mènent à la Bastille



La gare de la campagne à Paris

Là où s’élève aujourd’hui l’Opéra Bastille, entre la rue de Lyon et la rue de Charenton, se tenait autrefois une gare : la gare de la Bastille.
Inaugurée le 22 septembre 1859 par l’empereur Napoléon III lui-même accompagné de sa femme, l’impératrice Eugénie, la gare est exploitée par la compagnie des chemins de fer de l’Est, puis par la SNCF. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle desserve l’est parisien avec la « Ligne de Vincennes » : La Varenne, Bel Air, Brie Cte Robert, Boissy, Champigny et Sucy-Bonneuil, Champigny, Verneuil l'Etang... Au départ de la Bastille, les trains à vapeur (dans les premières années, de vieux 131 TB) circulent sur un viaduc sous lequel s’installent des échoppes. Au fil des stations, les voyageurs s’enfoncent en rase campagne, aux portes de Paris.
Le 14 décembre 1969 à minuit passé, après 110 ans de bons et loyaux services, la gare est définitivement fermée : le dernier train quitte les quais de la Bastille.
Que se passe-t-il ensuite ? Classée monument historique, la gare n’est pas immédiatement démolie ; jusqu’en 1984, l’année de sa disparition, on y organise des expositions d’art. Quant à la ligne ferrée, elle est en partie revendue à la RATP, qui l’exploite à partir de Nation (c’est l’actuelle ligne A du RER), en partie conservée par la SNCF pour l’interconnexion TGV, et en partie cédée à la Mairie de Paris, qui rachète le tronçon Bastille-Nation long de 4 km et s’étendant de l’avenue Daumesnil au boulevard périphérique, pour créer en plein Paris une incroyable promenade champêtre, qui part du ciel pour s’enfouir sous terre dans un écrin de verdure, la fameuse coulée verte.

La jumelle fantôme de la station de métro Bastille

Quand vous prendrez la ligne 5 à la station de métro Bastille, ouvrez grands vos yeux : avant d'arriver à la station « Quai de la Râpée », vous apercevrez, comme surgi du néant, la station fantôme de l'Arsenal. Fermée en septembre 1939, suite à la mobilisation des employés de la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, elle ne sera jamais rouverte. Vous ne pourrez pas la manquer car la lumière y brille encore, et pour cause ! Elle est aujourd'hui ouverte aux futurs conducteurs de métro en cours de formation. Pour s’y rendre, ils empruntent un accès préservé sur le boulevard Bourdon,  à l'angle de la rue Mornay.

Un port très prisé

Si vous descendez à la station Bastille, sur la ligne 1, vous découvrirez derrière d'épaisses vitres le port de l'Arsenal. Et oui ! La Bastille a aussi son port ! Bâti là ou avaient été creusés les anciens fossés de la Bastille, il permet aux bateaux de plaisance de s'amarrer le long du canal Saint-Martin. Autrefois port de marchandises, c'est depuis 1983 le lieu de prédilection des parisiens au pied marin, des parigots en vélo et des boulevardiers à pied. En effet, bordés de jardins, les quais sont surplombés par une route avec piste cyclable, dont les larges trottoirs sont ombragés par une double rangée d'arbres.

Un rond-point névralgique

La place de la Bastille est l’un des principaux carrefours routiers parisiens, avec pas moins de neuf artères en étoile. La circulation y est dense et musclée, sauf quand les manifestants, à l'image des révolutionnaires du 18ème siècle, reprennent leurs droits sur les pavés et la colonne de juillet

L'aéroport éphémère

A quand un aéroport à la Bastille ? Ce n'est pas faute à l'aéronaute Dupuis-Delcourt d'avoir ouvert, le 29 juillet 1831, la voie des airs ! Chargé par la ville de Paris de quitter la place de la Bastille en ballon, pour commémorer les Trois Glorieuses, il s'envolera sous les applaudissements d'une foule en liesse.


Pour aller plus loin...

Sur le web : 


Bibliographie :

Le Marais, commenté par Danielle Chadych (Parigramme, 2006)
Guide de Paris mystérieux, de François Caradec et Jean-Robert Masson (Sand, 1985, réédition du volume publié aux éditions Tchou, dans la collection des Guides noirs)

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1 commentaires:

Anonyme a dit…

Il y a une petite erreur d'inattention dans le paragraphe destiné à Nicolas Fouquet, frère puiné de Monseigneur François V Fouquet. En effet, Nicolas est bien le surintendant des Finances du Roi mais ce roi est Louis le XIVeme, non le XVeme. D'ailleurs, l'office de surintendant des Finances disparait avec Nicolas.

Autre anecdote, Nicolas est la victime de Colbert car Colbert vilipendait déjà Fouquet auprès de Mazarin. Fouquet et Colbert étaient des créatures du cardinal italien. Mazarin protégeant l'un contre l'autre et c'est donc logiquement lorsque le cardinal n'était plus là que le sort de Nicolas était scellé. Terrible année que 1661.